En Europe, le métier d’architecte est en constante progression : le nombre total d’architectes (praticiens indépendants, directeurs associés d’un bureau, dirigeants uniques d’une société à responsabilité limitée) a progressé de 24% en 10 ans, pour atteindre 562 000 répartis dans 30 pays européens. Depuis 2008 et la crise financière, l’activité a enregistré une croissance des effectifs de l’ordre de 2% annuels, quoique le rebond soit véritablement intervenu en 2012. Zoom sur une profession qui s’accroît, se féminise, s’exporte à l’international et affiche son optimisme.

1 – L’étude du Conseil des Architectes d’Europe (CAE)

Au niveau européen, les architectes sont représentés par le Conseil des Architectes d’Europe (CAE) depuis 1990. Situé à Bruxelles, il s’agit d’une organisation à but non lucratif qui agit à la fois comme un Observatoire de la profession et comme un Groupement de promotion de l’architecture à travers manifestations, conférences, coopération transfrontalière, standards de qualité.

Tous les 2 ans, depuis l’année 2008, le Conseil des Architectes d’Europe (CAE) diffuse les résultats de son enquête sur le secteur de l’architecture et de l’environnement bâti. L’étude 2018 est basée sur les retours d’environ 30 000 architectes issus de 30 Etats européens. Elle est divisée en 4 grandes parties : les effectifs dans les pays européens, une étude économique du marché européen et les marchés nationaux pris individuellement, les caractéristiques et modalités d’exercice de la profession, ainsi qu’une étude sociologique des professionnels de l’architecture.

2 – Une augmentation des effectifs

L’attrait pour la profession ne se dément pas : fin 2018, 562 000 praticiens sont recensés en Europe. Il y a certes une régression par rapport aux 600 000 professionnels dénombrés fin 2016. Mais, de manière encourageante, ce nombre a augmenté de 24% depuis 2008, en raison notamment de l’entrée de jeunes professionnels sur le marché. 2 tiers des architectes sont issus de 5 pays : l’Italie (160 000), l’Allemagne (111 000), l’Espagne (56 000), le Royaume-Uni (41 000) et enfin la France (30 000). La Turquie, le Portugal ainsi que le Luxembourg ont enregistré la plus forte progression de leurs effectifs nationaux (+10%). C’était déjà le cas en 2016, en particulier pour la Turquie, qui affichait une progression de +12% lors de l’étude 2016.

L’étude met en exergue une profession flexible : de nombreux professionnels ont su se mettre à leur compte, lorsqu’ils étaient licenciés ou ne parvenaient pas à trouver un emploi. Par exemple, le nombre de bureaux à 1 personne a connu une augmentation de 22% depuis fin 2016. Parmi les 163 000 agences recensées en Europe, 74% sont des structures à 1 seule personne : dirigeant unique, architecte indépendant, partenaire/dirigeant.

Elle met enfin en exergue une profession résiliente et optimiste : les revenus des bureaux augmentent, et 32% des sondés s’attendent à ce que le marché continue son rebond. Sur les 562 000 praticiens, 17 000 ne travaillent pas (contre 23 000 en 2008).

3 – Une augmentation des revenus

Le marché de l’architecture est porté par le marché de la construction. Le marché européen des services d’architecture représentait fin 2018 16,4 milliards €. Nous sommes certes loin des 21 milliards € enregistrés ors de l’étude 2008. Mais sans surprise, l’Allemagne représente le marché le plus important (4,9 milliards €), suivie par le Royaume-Uni (2,3 milliards €), l’Italie (2 milliards €), la France (0,9 milliard €), les Pays-Bas (0,7 milliard €). A l’échelle nationale, les tendances ne sont pas les mêmes : tandis que le marché a progressé en Allemagne, Autrice, Luxembourg, Suède et Turquie, la production du secteur a reculé en France, Grèce et au Portugal.

Si l’on s’intéresse à la nature des services, on constate que plus de 50% du marché architectural provient des travaux de rénovation extérieure-intérieure, quand 43% concerne des nouvelles constructions. Plus de 50% du marché provient du logement privé, le reste étant réparti entre maison individuelle, bureaux, commerces, santé, loisirs, industrie, logement public, éducation.

32 700 € : voilà le revenu annuel moyen d’un architecte européen, évidemment ajusté via la Parité du Pouvoir d’Achat (PPA). Le gain moyen a donc progressé de 2% par rapport à 2016. 5 pays se détachent : le Luxembourg (56 738 €), l’Allemagne (54 286 €), la Norvège (46 965 €), l’Autriche (46 168 €), les Pays-Bas (44 524 €).

Il faut également noter l’internationalisation du métier : 20% des sondés ont fait leurs études dans un pays autre que leur pays d’exercice, tandis que 8% ont exercé dans un autre pays que le leur sur l’année écoulée.

4 – Une profession qui se féminise

Tendance également importante : la féminisation du profil-type de l’architecte. Chez les 30-40 ans, 53% sont des femmes, contre 32% chez les 40-50 ans. La tendance est donc portée par les jeunes praticiens. L’étude a recensé 343 000 architectes masculins et 219 000 féminins.

Néanmoins, cette situation reste perfectible, notamment au niveau des écarts salariaux hommes-femmes et du niveau de responsabilité dans les bureaux : l’écart de rémunération persiste et avoisine les 25% au profit des hommes. L’étude s’est également penchée sur ces différences selon le statut : dirigeant unique, partenaire/dirigeant, salarié du secteur privé, salarié du secteur public, indépendant. L’écart est le plus important chez les partenaires/dirigeants. En moyenne, un homme gagne 37 000 €, une femme 28 000 €. Cet écart n’a que très peu diminué sur les 10 dernières années.